« Les gens doivent se réapproprier l’histoire »

©LesNivaux-CTS-S21-Montage2-BD

Il y a un an, ils avaient invité les passants à marcher sur le passage piéton d’Abbey Road rendu célèbre par les Beatles. Cette année, pour la nouvelle Nuit Blanche, le couple d’artistes les Nivaux a numérisé le sol d’une des salles de torture de la prison Khmère rouge S21 au Cambodge. Rendez-vous le 7 octobre dans la cour de la Bibliothèque historique de la ville de Paris.

Ce nouveau projet devait être présenté dans un autre lieu. L’institution contactée a décliné la proposition. « On nous a dit que l’oeuvre était anxiogène, raconte Thierry Nivaux. Il n’y a pourtant rien à voir. Nous avons réussi à inscrire un rapport physique au sujet », se félicite ce professeur de photo qui cherche depuis toujours à s’échapper des cadres.

Pour « Cross The Scan – S21 », le couple d’artistes a utilisé sa méthode habituelle : retourner son scanner numérique face contre sol. Ils ont ainsi numérisé morceau par morceau le sol d’une des salles de torture de la prison khmère rouge S21 au Cambodge, où 5 000 personnes ont été torturées. Les 238 scans ont ensuite été assemblés en une image monumentale de 7×3,60 mètres.

Susciter une émotion palpable

Lors de Nuit Blanche à Paris, l’image sera collée directement par terre. Les visiteurs seront invités à marcher dessus, à marcher sur les traces du génocide. L’effet qu’ils recherchent : susciter un émoi, palpable. « La photo ne parvient pas à donner cet effet, estime Thierry Nivaux, qui a beaucoup travaillé sur la photographie conceptuelle. Il manque la dimension tactile, physique.., une manière d’appréhender le monde. »

© Les Nivaux
© Les Nivaux

Pour autant, ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’il se passera le 7 octobre prochain. L’expérience d’Abbey Road en 2016 les a totalement surpris. « Plusieurs moments forts ont eu lieu lors de la précédente Nuit Blanche, se rappelle Pascale. Près du centre Pompidou à Paris, nous avions copié-collé le passage piéton londonien, rendu célèbre par une pochette d’album des Beatles. Toute la nuit, les gens ont réalisé des chorégraphies sur le passage. Plusieurs personnes ont fait des pyramides humaines. Des couples se sont sont arrêtés pour s’embrasser. Quatre personnes s’y sont même allongées ! » 

Avec Abbey Road, les deux artistes ont choisi délibérément de travailler autour de la question des icônes. Mais c’est plus largement à la mémoire collective qu’ils s’intéressent : « nous sommes tous construits sur un ADN commun. En redistribuant, grâce au scanner, les lieux du monde, nous voulons que les gens se réapproprient l’histoire, » soulignent-ils presque d’une seule voix.

Ne plus réserver la Route 66 aux Américains

Depuis février 2010, Pascale et Thierry Nivaux parcourent le monde, accompagnés de leur jeune fils. Ils ont équipé leur véhicule d’un studio d’acquisition numérique. Jusque-là, le sujet venait à eux. Dans « Hand to Hand« , les gens posaient les mains sur le scanner, avec « Sentiment végétal« , il s’agissait de végétaux…  « La démarche restait toujours photographique« , note le duo.

L’idée de retourner le scanner et de le poser au sol, directement sur l’objet de leur intérêt, leur est venue subitement sur la Route 66, aux Etats-Unis. « Nous n’avons alors numérisé que 10 mètres sous forme de bandes photographiques », regrette Pascale. Qu’allions-nous faire de ces bandes ? Nous nous sommes retrouvés avec de nombreuses questions. » Les artistes ont prévu de retourner sur cette  route légendaire pour en scanner une surface importante. 100 mètres au moins « pour qu’elle ne soit plus réservée aux Américains. Nous sommes pour la circulation physique des lieux. »

Scanner le rêve de Martin Luther King

Ils se sont rendus aussi à Roswell, au Nouveau Mexique, là où en 1947 prétendument s’est écrasé un Ovni. Pascale se souvient qu’ils ont obtenu «  l’autorisation de scanner le hangar où 4 extraterrestres auraient été soi-disant retrouvés. Les scans réalisés sont trop petits pour marcher dessus. Mais en nous rendant là-bas, nous avons eu l’impression de vivre cette histoire. Nous l’avons tous un peu en nous. »

Rien n’est encore fixé pour le prochain voyage. Mais les idées se bousculent : scanner la cellule de Nelson Mandela dans la prison de Robben Island au Cap ; le pas de tir d’Apollo 11, première mission à envoyer des hommes marcher sur la lune. Les Nivaux songent aussi à revenir sur les lieux du discours de Martin Luther King où, en 1963, il plaidait pour l’égalité entre Noirs et Blancs.

Rendez-vous le 7 octobre 2017, 24 rue Pavée, Paris 4ème arrondissement, dans la cour de la Bibliothèque historique de la ville de Paris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s